la lettre
Numéro 82 - Septembre 2012


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Dossier
Arnaud Lafont
La normalisation : une arme stratégique
par Arnaud Lafont,
chef du Bureau de la normalisation et de l'accréditation à la DGCIS.

Promouvoir ses innovations, contribuer à définir un socle de travail commun pour mieux conquérir de futurs marchés, orienter les débats en faveur de ses propres enjeux : utilisée à bon escient, la normalisation constitue un précieux outil d'intelligence économique, à la fois offensif et défensif.

Souvent perçu comme contraignant, le travail préludant à la définition ou à la révision d'une norme est cependant, pour toute entreprise, l'occasion de faire valoir son point de vue et d'orienter les débats en fonction de ses priorités. Une commission de normalisation fonctionne selon le principe d'une table ouverte où se retrouvent différents acteurs représentatifs d'un secteur d'activité. Ceux-ci, placés sur un pied d'égalité, sont invités à rechercher ensemble un consensus pour faire progresser collectivement leur filière, à l'échelle nationale, européenne, mais aussi internationale.

« Les PME ont tout intérêt à se regrouper pour participer aux commissions de normalisation. »

Faire autorité dans son domaine
La commission de normalisation est aussi un outil de veille car elle permet aux participants de mesurer l'évolution de leur marché, d'évaluer les solutions imaginées par leurs concurrents et de tisser des liens avec des partenaires potentiels. Elle constitue un lieu stratégique pour promouvoir ses innovations, démontrer leur compatibilité avec d'autres technologies normalisées et les faire homologuer. Reconnues conformes à l'issue du processus, ces technologies feront autorité sur le marché, ce qui facilitera la diffusion des produits correspondants, en donnant à leurs initiateurs un temps d'avance sur la concurrence.

Le temps : un puissant levier
En moyenne, deux à trois années sont nécessaires pour aboutir à la création d'une norme, un délai décisif. Car si les détenteurs d'une innovation ont intérêt à accélérer le processus pour faire de leur technologie une référence du marché, leurs concurrents auront besoin d'un délai pour adapter leur solution. Au plan international, les enjeux liés à la mise en place de nouvelles normes sont considérables. C'est au sein des commissions de normalisation que se dessinent les influences commerciales de demain. Les grandes entreprises ne sont bien évidemment pas seules concernées. Les PME ont tout intérêt à se regrouper pour participer aux commissions de normalisation et à y promouvoir leurs innovations. 50 % des frais de déplacement des experts mandatés représentant des PME peuvent être pris en charge par la DGCIS et aucun droit de participation aux travaux n'est exigé pour elles. En toute hypothèse, se tenir informé de l'évolution du cadre normatif inhérent à son activité est indispensable. Chaque entrepreneur est invité à consulter gratuitement l'actualité de la normalisation sur le site Internet de l'Afnor.

Un passeport commercial
Chaque année, l'Afnor (association française de normalisation) homologue entre 1 600 et 2 000 normes. 80 % de ces homologations portent sur des révisions de normes existantes. 90 % des 30 000 normes applicables sur le territoire français sont de portée européenne (EN) ou internationale (ISO). Rien n'interdit de commercialiser un produit ne répondant pas à leurs spécifications, mais une conséquence est souvent un déficit d'image, voire l'impossibilité de répondre à certains appels d'offres.

Le site de l'Afnor

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Interviews
 
Christophe Duquesne
« Pour qu'une norme vive, chacun doit pouvoir s'en saisir. »
par Christophe Duquesne,
fondateur de Dryade

Entreprise logicielle spécialisée dans l'information voyageurs, Dryade a en 2011 intégré le groupe Veolia Transdev. Une participation active aux travaux de normalisation lui a permis de devenir un acteur incontournable sur son secteur.

Pourquoi vous impliquer dans la normalisation ?
Pour une petite entreprise comme Dryade, comptant seulement dix collaborateurs, c'était nécessaire. Nous devions gagner en notoriété, dépasser le statut de simple acteur pour nous positionner en référent. Par ailleurs, nous avons toujours été confrontés à une forte hétérogénéité des formats informatiques de données utilisés par les transporteurs. Or travailler à partir d'éléments standardisés est indispensable. En dix ans, nous avons beaucoup fait avancer les choses. Et aujourd'hui, les normes européennes tendent à faire référence à l'international.

Quels avantages retire-t-on d'une participation active aux travaux de normalisation ?
La normalisation repose sur un principe coopératif. La concurrence s'efface au profit d'une collaboration destinée à faire progresser la filière. Nous parlons un langage commun, des liens privilégiés se tissent entre prestataires et donneurs d'ordres, et des groupes mettent à disposition leur expertise pour tirer vers le haut les futures normes. A l'international, nous nous confrontons à d'autres visions, d'autres pratiques, et nos cultures d'entreprises s'enrichissent. Chaque pays envoie ses meilleurs experts, les échanges sont très qualitatifs.

Et pour votre secteur ?
L'adoption de normes a rapproché des mondes très cloisonnés : transport collectif urbain, ferroviaire, aérien, mais aussi bus à la demande, véhicules en libre-service ou encore covoiturage. La norme française Neptune a permis de standardiser la description de l'information voyageurs, permettant de raisonner en terme d'interopérabilité. La norme européenne NeTEx s'inscrit dans la poursuite de nos précédents travaux, en y ajoutant des problématiques liées à l'exploitation des réseaux de transport. En 2013, ces échanges s'élargiront à l'offre tarifaire. L'objectif est d'aboutir à une vue globale et chiffrée de l'ensemble des offres. Ainsi, il deviendra plus facile de composer un itinéraire mêlant tous les moyens de déplacement. Un travail complexe il y a encore quelques années, rendu plus simple par la normalisation mais aussi par la mise à disposition, avec le concours du ministère des transports, d'outils libres, en « open source », permettant à chaque acteur de produire ou de convertir des données. Pour qu'une norme vive, chacun doit pouvoir s'en saisir.

 

Le site de Dryade
Le site de Veolia Transdev


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Pascal Vinzio
« S'impliquer dans la normalisation permet d'anticiper les évolutions d'un marché. »
par Pascal Vinzio,
responsable recherche et innovation du groupe KSB en France

Spécialisé dans la fabrication de pompes et de robinetterie industrielles, le groupe KSB est impliqué de longue date dans les processus de normalisation, aux niveaux européen et international, et dans l'évolution de ses marchés, au plus près des instances professionnelles.

Comment intervenez-vous auprès des instances représentatives ?
Ma mission s'inscrit en amont du développement de nouveaux produits et de la production. Veille, recherche d'idées pour la création de prototypes et de solutions nouvelles dans des domaines aussi variés que la mécanique, l'étanchéité, le pilotage de système ou les revêtements matériaux... Notre travail consiste à préparer les produits de demain. Et cela peut aussi se faire en avançant main dans la main avec les instances professionnelles. Je suis notamment présent aux côtés de l'association Profluid pour les pompes et la robinetterie, du Comité européen des industries de la robinetterie et du Laboratoire de recherches et de contrôle du caoutchouc et des plastiques (LRCCP). Je préside la commission pompes du Cetim (Centre technique des industries mécaniques) et j'ai aussi intégré le comité directeur de l'Union de normalisation de la mécanique afin de m'impliquer en amont dans les futures normes nous concernant.

Quels sont les enjeux de la normalisation ?
On peut voir la normalisation de deux manières opposées. Si on la subit, elle représente une contrainte. Car même si elle n'a pas d'application obligatoire, les clients s'y réfèrent pour harmoniser leurs approvisionnements, leurs procédés et spécifier leurs demandes. Les normes sont toujours représentatives de l'expression d'un besoin. A l'inverse, adopter une approche pro-active, participer à l'élaboration des normes ou tout au moins se tenir informé de l'avancement des travaux permet non seulement de tenter d'orienter les résultats en faveur des industriels, mais aussi d'anticiper les futures évolutions d'un marché. Intégrer le plus tôt possible les nouvelles dispositions est primordial car la perspective de ne pas être prêt à temps et de ne pas pouvoir répondre à un appel d'offres représente un vrai risque industriel.

Sur quels types de normes intervenez-vous ?
Nous sommes bien évidemment impliqués dans la définition de normes concernant directement nos produits, mais pas seulement. Le comité de projet CEN/TC 406, que je préside, vise par exemple à promouvoir au plan européen une méthodologie d'écoconception adaptée aux produits mécaniques. Ce sujet dépasse le cadre de nos marchés, même si les aspects environnementaux font partie intégrante des engagements que nous prenons vis-à-vis de nos clients. Participer à l'élaboration des normes permet de faire avancer l'ensemble d'une filière. Elles deviennent ensuite des outils dont se servira l'ensemble des acteurs, et pas uniquement les grands groupes.

Ce travail normatif est-il aussi important pour les PME que pour les grands groupes ?
Oui, car les PME constituent une part importante du tissu industriel. Il est certain que le travail normatif représente une charge, exige des moyens et du temps. Mais les aides apportées par la DGCIS permettent d'alléger les coûts et il est aujourd'hui possible de suivre l'évolution des dossiers par Internet ou de participer à certaines réunions par netconférence ou téléconférence. Il faut voir cela comme un investissement. Certains pays comme l'Inde ou la Chine l'ont parfaitement compris et sont devenus très actifs dans l'élaboration des normes internationales. Il est donc important que nous mobilisions nos forces pour rester représentatifs au niveau mondial. Nous devons mutualiser nos efforts pour promouvoir notre point de vue et nos méthodes, laisser de côté notre statut de concurrents pour apporter ensemble notre pierre à l'édifice, rechercher des compromis et vaincre les oppositions en exprimant nos prises de positions. L'adoption d'une norme dessine un nouveau cadre pour l'ensemble d'un marché. Il est toujours préférable d'être à la base de son élaboration plutôt que de devoir s'y adapter dans l'urgence. C'est parfois une question de survie !

Le site de KSB

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Direction générale de la compétitivité de l'industrie et des services
BP 80001 - 67, rue Barbès - 94 201 Ivry-sur-Seine Cedex
Directeur de la publication : Bruno Goubet
Contacts : Murielle Pascal, Charlotte Neuvy, Suzy Jacquot
lettre.dgcis@finances.gouv.fr
Crédit photographique : Droits Réservés
ISSN 2108-1468
Publication Septembre 2012

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